Anne-France Dinant - Psychologue

Pourquoi un enfant ne peut pas toujours se calmer seul ?

Le 24/07/2026

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On devient autonome grâce au lien : le paradoxe facinant du développement humain. 

On entend parfois : « Il doit apprendre à se gérer. », « Il faut qu'il se calme tout seul. », « S'il vient toujours chercher un adulte, il ne deviendra jamais autonome. », ...

Ce que nous savons aujourd'hui du développement du cerveau raconte une histoire un peu différente. Lorsqu'un jeune enfant est submergé par une émotion intense, il ne dispose pas encore des mêmes ressources neurologiques qu'un adulte pour retrouver son calme seul. Ce n'est pas un manque de volonté ni un caprice. Et ce n'est pas non plus un problème d'éducation. C'est simplement lié à la manière dont le cerveau se développe. 

À la naissance, les structures impliquées dans les réactions émotionnelles sont déjà relativement actives. Un bébé est capable de ressentir la peur, la détresse, la frustration ou le plaisir. En revanche, les régions cérébrales impliquées dans la régulation émotionnelle, notamment certaines zones du cortex préfrontal, sont encore très immatures. Or ce sont précisément ces régions qui participent progressivement à des capacités telles que freiner une impulsion, prendre du recul,
relativiser, attendre, gérer la frustration et retrouver son calme après une émotion intense. Le cerveau émotionnel est donc opérationnel bien avant le cerveau régulateur.

Pendant les premières années de vie, l'enfant emprunte littéralement le système nerveux des adultes qui prennent soin de lui. C'est ce que l'on appelle la co-régulation *. Lorsqu'un adulte reste présent, calme sa voix, contient la situation et aide l'enfant à mettre du sens sur ce qu'il ressent, son système nerveux devient en quelque sorte un point d'appui externe. L'enfant ne se calme pas uniquement grâce aux mots. Il se calme aussi grâce à la sécurité relationnelle.

Les recherches en neurosciences du développement montrent que les interactions répétées avec des adultes sensibles et prévisibles participent progressivement à la maturation des systèmes de régulation émotionnelle. Ce processus est étroitement lié au développement des fonctions exécutives et du cortex préfrontal.
Autrement dit, la capacité à se réguler seul ne tombe pas du ciel.
Elle se construit à travers des milliers d'expériences de co-régulation.

Avant environ 3 ans, cette régulation dépend presque entièrement de l'adulte.

Entre 3 et 6 ans, certaines compétences apparaissent progressivement : l'enfant peut parfois utiliser le langage, accepter une distraction ou retrouver son calme plus rapidement. Mais il reste très dépendant de l'environnement relationnel.

Même vers 7, 8 ou 9 ans, les émotions fortes peuvent encore largement dépasser les capacités de régulation disponibles sur le moment.

Le développement du cortex préfrontal se poursuit jusqu'au début de l'âge adulte.

Cela ne signifie évidemment pas qu'il faut répondre à toutes les demandes ou supprimer toutes les frustrations. Mais un enfant apprend davantage à se réguler lorsqu'un adulte l'accompagne dans ses émotions que lorsqu'il est laissé seul face à elles. En réalité, l'autonomie émotionnelle n'est pas l'opposé de la dépendance.

Plus un enfant a vécu d'expériences où quelqu'un l'a aidé à traverser ses tempêtes émotionnelles, plus il pourra progressivement intérioriser ces compétences et les utiliser lui-même.

C'est l'un des paradoxes les plus intéressants du développement humain : on devient capable de se réguler seul parce qu'on a d'abord été suffisamment régulé avec quelqu'un.

* La co-régulation, c'est aussi ce qu'on fait ensemble en séances bien souvent 
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Anne-France