
On entend souvent que les émotions sont là pour nous transmettre un message. L'idée est juste. La colère nous dirait qu'une limite a été franchie, la peur nous signalerait un danger, et la tristesse nous informerait d'une perte.
Mais lorsque l'on regarde la littérature scientifique de plus près, les choses sont en réalité encore plus intéressantes. Les émotions ne semblent pas avoir été sélectionnées par l'évolution pour nous rendre heureux ou malheureux. Elles semblent surtout avoir été sélectionnées parce qu'elles augmentaient les chances de survie et d'adaptation.
Pendant longtemps, les chercheurs ont considéré les émotions comme des programmes biologiques relativement universels. Lorsqu'un événement survient, une émotion se déclenche et prépare l'organisme à agir. Par exemple, la peur favorise la vigilance; la colère mobilise l'énergie, le dégoût favorise l'évitement et la joie facilite l'exploration et les interactions sociales.
Aujourd'hui, les neurosciences décrivent une réalité un peu plus complexe. Le cerveau n'attend pas passivement les événements pour réagir. Il tente constamment d'anticiper ce qui va se produire. Certaines théories contemporaines suggèrent même que notre cerveau fonctionne comme une machine à faire des prédictions. Il utilise nos expériences passées pour essayer d'interpréter ce qui se passe et préparer la réponse la plus adaptée.
Dans cette perspective, les émotions ne sont pas simplement des réactions. Elles constituent aussi une manière pour le cerveau d'organiser notre comportement. Par exemple, imaginez que vous ressentiez de l'anxiété avant une réunion importante. Cette émotion n'est pas forcément la preuve qu'un danger réel existe. Elle peut refléter le fait que votre cerveau attribue beaucoup d'importance à l'enjeu, mobilise vos ressources attentionnelles et tente de vous préparer à faire face à une situation incertaine.
L'émotion n'est donc pas toujours un signal de vérité. Elle est davantage une hypothèse produite par votre système nerveux à partir des informations dont il dispose.
C'est probablement l'une des raisons pour lesquelles une même situation peut provoquer des réactions très différentes selon les individus.L'événement est identique mais l'histoire personnelle, les expériences passées et les prédictions du cerveau ne le sont pas.
Dans la pratique clinique, cela amène souvent à une réflexion intéressante. Lorsque nous ressentons une émotion inconfortable, notre premier réflexe est parfois de vouloir la faire disparaître. Pourtant, avant de chercher à l'éliminer, il peut être utile de se demander :« Que cherche-t-elle à me faire faire ? » Car les émotions ont tendance à orienter notre attention vers certains éléments du monde.
La peur attire notre attention vers les menaces potentielles, la colère vers les injustices perçues, la culpabilité vers nos valeurs et la tristesse vers ce qui a été perdu ou ce qui mérite d'être préservé. Cela ne signifie pas qu'il faut toujours leur obéir. Mais il est souvent utile de les écouter avant de décider si nous souhaitons les suivre.
Les émotions ne sont pas des ennemies. Elles sont des systèmes d'information (parfois "excessifs") liés à notre manière de nous adapter au monde.
Alors, cela vous donne envie de prendre le temps pour aller voir quelles émotions sont présentes en vous aujourd'hui?
Anne-France