misophonie
-
La misophonie
- Le 30/08/2025
- Dans Articles
Pourquoi certains bruits nous agacent-ils tellement ?
Vous avez déjà ressenti une irritation inexplicable en entendant quelqu’un mâcher bruyamment ou bâiller de manière excessive ? Si oui, vous n'êtes pas seul(e). Ce phénomène, souvent sous-estimé, est connu sous le nom de misophonie et touche de nombreuses personnes, parfois sans qu’elles en comprennent bien la cause. Mais pourquoi ces bruits nous dérangent-ils autant ?
Qu’est-ce que la misophonie ?
C’est cette hypersensibilité à certains bruits, souvent considérés comme banals par d’autres. Pour les personnes qui en souffrent, des sons comme la mastication, le bâillement ou même une respiration un peu trop bruyante peuvent provoquer de l'irritation, de la colère voire une sensation d'être torturées. Ces bruits, qui paraissent inoffensifs pour la majorité, deviennent carrément insupportables pour celles et ceux qui y sont sensibles. 20% de la population pourrait en être atteinte, c'est un trouble sous-diagnostiqué.
Pourquoi certains bruits peuvent-ils déclencher une telle réaction ?
-
Un cerveau en alerte permanente :
Notre cerveau est constamment à l’affût des bruits qui pourraient nuire à notre bien-être. Mais pour ceux qui souffrent de misophonie, ce mécanisme devient un peu exagéré. Des bruits répétitifs, comme ceux de la mastication ou du bâillement, peuvent être perçus comme des intrusions dans notre espace personnel, ce qui peut créer une réaction de stress ou d’agitation. C’est comme si notre cerveau se focalisait sur ces sons de manière excessive, rendant la situation plus difficile à supporter. Certaines zones spécifiques du cerveau sont activées, notamment l’amygdale et le cortex insulaire.
- L'amygdale : c'est la région du cerveau qui joue un rôle clé dans la gestion des émotions, notamment la peur. En cas de misophonie, l’amygdale peut devenir hyperactive en réponse à des bruits spécifiques, ce qui provoque une réaction émotionnelle forte (irritation, colère, angoisse). Une étude menée par Jastreboff et Jastreboff (2001), les fondateurs du concept de "misophonie", a démontré que les personnes touchées par ce trouble avaient une activation accrue de l’amygdale lorsqu’elles étaient exposées à des bruits de bouche (mastication, respiration bruyante, etc.). D’autres recherches plus récentes, comme celles de Sari K. et al. (2018), ont confirmé que les bruits affectent le cerveau de manière similaire à des stimulations nocives, comme la douleur ou le stress extrême.
- Le cortex insulaire : cette zone est impliquée dans la perception du corps et des émotions, ainsi que dans le traitement de la douleur émotionnelle. Elle peut être activée de manière similaire à ce que l’on observe dans des expériences traumatiques ou des situations de grande détresse émotionnelle.
Il existe également des théories qui comparent l’expérience des personnes souffrant de misophonie à des techniques de torture par privation sensorielle. La torture par privation sensorielle est une technique qui consiste à exposer une personne à des stimuli sensoriels répétitifs, tels que des bruits continus ou des sons perçus comme désagréables, dans le but de provoquer un stress extrême ou de briser la résistance mentale de la victime. La misophonie agit dans un certain sens de manière similaire : le cerveau est continuellement exposé à des sons qui ne peuvent pas être "éteints" ou contrôlés, ce qui crée une forme de tension psychologique constante. Les bruits répétitifs, perçus comme menaçants ou envahissants, forcent le cerveau à réagir de manière intense, comme s'il s'agissait d'une véritable menace.
-
Une dimension émotionnelle :
Parfois, ces bruits déclenchent des réactions qui sont liées à des émotions vécues par le passé. Imaginons qu’on ait eu une expérience désagréable liée à un bruit de mastication, cela peut raviver une frustration ou un malaise qui n’a rien à voir avec la personne qui mange à côté. Il existe aussi des normes sociales : dans certaines cultures, faire du bruit en mangeant est considéré comme impoli, et cela peut contribuer à augmenter la gêne ressentie.
-
Une hypersensibilité sensorielle :
Les personnes ayant des troubles du spectre autistique, ou des troubles sensoriels, peuvent être particulièrement sensibles à certains bruits. Leur système nerveux est "plus réactif" et capte les stimuli de manière plus intense. Cela peut rendre les bruits de bouche ou de bâillement particulièrement envahissants et difficiles à tolérer. Il existe des études qui ont étudié cette comparaison entre la misophonie et la torture sensorielle, en soulignant que certaines personnes peuvent ressentir une forme d'intrusion ou d'invasion de leur espace personnel, provoquée par ces bruits insupportables. L'idée est que ces bruits déclenchent une réaction émotionnelle tellement intense que le cerveau interprète ces sons comme une menace, similaire à ce que l’on pourrait ressentir face à un danger immédiat.
-
Le besoin de contrôle :
Les bruits répétitifs, comme la mastication ou le bâillement, échappent souvent au contrôle de la personne qui les produit. Et pour ceux qui ont une forte tendance à vouloir "gérer" leur environnement, ces sons incontrôlables peuvent générer un sentiment de frustration. Le bruit devient alors non seulement dérangeant, mais aussi une forme de perturbation de l'ordre personnel.
L'impact au quotidien:
Pour ceux qui en souffrent, la misophonie n’est pas qu’une simple gêne occasionnelle. Elle peut sérieusement impacter la vie quotidienne, notamment dans les situations sociales. Par exemple, il peut devenir difficile de partager un repas en famille ou entre amis, de travailler en groupe ou même d’assister à une réunion. Ces bruits, qui semblent anodins aux autres, peuvent vraiment créer une tension psychologique et affecter la qualité de vie. Cela peut aussi entraîner des conflits relationnels, car ceux qui ne sont pas touchés par la misophonie ont parfois du mal à comprendre à quel point ces bruits peuvent être insupportables pour les autres. De plus, la personne peut se sentir isolée ou incomprise.
Ce phénomène peut déclencher des réponses physiologiques similaires à celles observées dans des situations de torture, comme entre autre:
- accélération du rythme cardiaque
- augmentation de la tension musculaire
- réaction de fuite ou d’attaque (réactions de stress)
Comment faire face ?
- Reconnaître le problème: le premier pas pour gérer la misophonie, c’est d’accepter qu’il s’agit d’un problème réel et légitime. En parler à ses proches ou à des collègues peut être un moyen d’obtenir leur soutien. Cela aide également à ne pas se sentir "étrange" ou "trop sensible", car c’est quelque chose qui touche beaucoup de monde.
- Masquer les bruits gênants: si vous êtes dans une situation où tu ne peux pas éviter les bruits, utiliser des écouteurs ou écouter de la musique peut être une solution efficace. Le bruit de fond, comme de la musique douce ou des sons blancs, peut aider à masquer les bruits qui dérangent.
- Pratiquer des techniques de relaxation : des techniques comme la respiration profonde ou la méditation peuvent être utiles pour gérer le stress et réduire l'impact des sons irritants. La relaxation aide à ne pas réagir de manière excessive et à maintenir une certaine distance émotionnelle face à ces bruits. La gestion de l'anxiété de manière globale peut également aider.
Anne-France